Les prêcheurs de l’Apocalypse : pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires

Extrait de l’introduction :

«Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils
n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas ; ils
peuvent leur infliger les plus constants démentis sans les affaiblir…»
Marcel Proust,
Du côté de chez Swann.

Je suis un fatigué de l’apocalypse, qu’elle soit religieuse ou
écologique. Élevé par les prêtres du diocèse de Saint-Brieuc dans les
années 1950, je me suis rendu compte assez jeune que la masturbation ne
rendait pas systématiquement sourd et que les péchés que nous devions
confesser chaque semaine n’ouvraient pas immédiatement les portes de
l’enfer. Plus tard, une formation en écologie et une passion pour les
questions de santé m’ont rendu assez peu sensible aux imprécations de
ceux qui s’affublent, le plus souvent en toute illégitimité, du
qualificatif d’écologiste ou d’expert en santé publique. Les
surenchères sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl me navrent,
la recherche d’un bouc émissaire ministériel après la canicule de 2003
m’attriste, les commentaires des journalistes sur la dioxine, le
nitrate ou les OGM me font sourire quand ils ne me mettent pas en rage,
les allers et retours en Inde du porte-avions Clemenceau me paraissent
bien onéreux pour les distractions que procure ce va-et-vient,
l’inscription du principe de précaution dans la Constitution française
me semble une insulte à la raison, quant à la recherche de l’éternelle
jeunesse de mes contemporains elle m’inquiète comme le ferait une
multiplication de clones de Faust issus des recherches du docteur Knock.
Oui, des pays entiers courent de véritables dangers : il suffit de
regarder ce qui se passe aujourd’hui en Afrique. Oui, Bhopal et
Tchernobyl furent d’indéniables catastrophes humaines et écologiques.
Oui, des hommes sont morts trop jeunes pour avoir travaillé dans des
mines d’amiante, et d’autres, à peine plus vieux, pour avoir été
mineurs de fer ou de charbon. Oui, je comprends que personne ne veuille
mourir pour un steak. Oui encore, la grippe aviaire m’inquiète car elle
pourra être dangereuse le jour où le virus aviaire s’humanisera, mais
en attendant j’achète du poulet et, dans le même registre, j’ai savouré
un steak tartare le jour où la Grande-Bretagne fut contrainte de
dévoiler ses turpitudes en matière de viande bovine. Certes elle avait
autorisé l’exportation de carcasses d’animaux atteints
d’encéphalopathie spongiforme, ce qui n’est pas bien, mais les prions,
fussent-ils anormaux, ne se trouvent pas dans la viande rouge (le
muscle). Acheter de l’eau en bouteille sous prétexte que celle du
robinet recèle des traces de nitrates est aussi inutile que coûteux :
les nitrates sont aussi «naturels» qu’inoffensifs. Les traces de
dioxine dans un produit alimentaire, même quand elles dépassent d’une
centaine de fois les normes européennes autorisées, n’ont rien
d’inquiétant. Les OGM du règne végétal, mieux connus que la plupart des
plantes «naturelles», ont le plus souvent été sélectionnés pour réduire
l’épandage de pesticides de plein champ, produits indéniablement
toxiques, mais les OGM ne le sont pas. En revanche, les organismes
génétiquement modifiés posent la question très sérieuse de la propriété
du vivant. Faut-il tout confondre ?

Présentation des éditeurs : 13/09/2007

Le charbon est plus fatal que l’amiante.
Et l’un et l’autre cent fois plus que les radiations nucléaires.

La catastrophe de Seveso n’a tué que le directeur de l’usine : il a été assassiné par les Brigades rouges.

Malgré le réchauffement de la planète, la Terre n’a pas encore atteint la température de l’an… mil.

N’en déplaise aux prêcheurs de l’apocalypse, je suis fatigué de leurs
discours sur la santé et l’environnement. Il est temps de remettre
quelques pendules à l’heure.
Jamais l’espérance de vie n’a cessé de croître dans les pays riches,
jamais leurs habitants n’ont vécu aussi vieux et en meil­leure santé.
Et pourtant, nous voilà englués dans le médicalement correct. Les
intellectuels doutent de tout et le reste de la population croit en
l’astrologie et aux maisons hantées. A qui bénéficie notre crédulité ?
Il serait plaisant de connaître les financiers des grandes associations
écologistes… Celles qui stigmatisent l’ogre Tchernobyl et les grands
méchants OGM, tout en abandonnant une partie de l’humanité en chemin.
Les bons sentiments ne feront rien pour réduire la contra­diction
majeure entre la santé d’aujourd’hui, l’économie de demain et la survie
d’après-demain. La Raison et l’analyse des intérêts de chacun seront la
seule chance des déshérités actuels et des réchauffés à venir.

Jean De Kervasdoué

Collaborateur des ministères de la Santé et de l’Agriculture, directeur
des hôpitaux, chercheur, ingénieur, aujourd’hui titulaire de la chaire
d’économie et de gestion des services de santé au Cnam, membre de
l’Académie des Technologies, Jean de Kervasdoué a consacré sa vie aux
secteurs de la santé et de l’environnement II a publié de nombreux
ouvrages et plusieurs centaines d’articles dans ces domaines.

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