Une visite éclairante

La KhazbehL’une des constantes du monde arabo-musulman est son rapport surréaliste avec l’Histoire.

Falsification, négationnisme, ou poème lyrique la narration historique et l’interprétation des événements passés sont toujours une construction-destruction. Les faits n’existent que pour être incorporés à une Histoire qui ressemble plus à un conte des mille et une nuits qu’à un récit objectif. La vérité historique n’intéresse ni le conteur, ni celui qui l’écoute, l’Histoire ne peut être qu’une histoire. Et si risque il y a de voir surgir une contradiction incontournable, sa simple destruction ne posera aucun problème. De la destruction de tous les exemplaires et fragments du Coran par Othman, après la mort du Prophète, jusqu’à la destruction des Bouddhas de Bamiyan , en passant par la Grande Bibliothèque d’Alexandrie, la négation puis la réduction en cendres et poussières de ce qui ne lui convient pas est une part ontologique de l’Islam.

L’islam, né d’un peuple du désert est habitué à l’Histoire ré-écrite, elle ressemble au paysage de ce désert, toujours changeant au gré des vents.

Une visite à Pétra a illustré de façon quelque peu pathétique cela, au moment où partout l’islam prône un retour à ses sources, plus fantasmées que réelles, il est bon de rappeler sa véritable nature dans son avatar fondamentaliste actuel.

Passer d’Israël en Jordanie pour aller à Petra s’est avéré plein d’enseignements autant sur le passé que sur le présent.

IMG_0486Le passage du poste frontière entre les deux pays a quelque chose d’étrange pour un français habitué à voir les frontières disparaître.

Alors que la géographie des lieux pourrait permettre un passage simple et que la paix officielle ne devraient poser aucun problème à l’accompagnement des groupes israéliens par des guides et véhicules de leur pays, notre chauffeur israélien nous dépose devant la frontière israélienne et nous indique le nom du guide jordanien qui nous prendra en charge. Drôle de paix!

Certes, nous ne sommes pas dans l’URSS des années 70, mais il y a quelque chose de ça, le passage d’un pays à l’autre se faisant par un no man’s land, sorte de Check Point Charlie où pendant quelques minutes nous marchons vers l’autre pays en se demandant contre qui nous avons été échangés!

D’un terminal frontalier à air conditionné, nous passons à des guichets en plein air sous les yeux bienveillants de la dynastie Hachémite morts et vivants, passé présent et futur confondus allègrement.

Même la buvette est aux couleurs mélangées de Coca Cola et du Roi!

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Pris en main par un guide jordanien, Walid, à l’arrivée devant la guérite de la police Jordanienne, le passage en Jordanie se fait sans encombre. De l’autre côté nous attend notre véhicule et son chauffeur.

Walid nous accueille chaleureusement. Assez vite il nous laisse entendre qu’il n’est pas arabe, mais chrétien du nord du pays, arrivé il y a 6 générations.

Régulièrement, quand il voudra faire allusion à l’islam, il nous parlera à voix basse en s’assurant que personne ne l’entend. Il nous demandera, en outre de dissimuler nos Kippas par sécurité. Mais plus tard il nous demandera si nous voulons des repas cachers pour la halte repas. Nous n’en sommes pas à un paradoxe près.

Il nous indique que le programme est légèrement changé et que nous commencerons par une visite d’Akaba, la ville en face Eilat. Malgré d’évidents efforts d’aménagement, nous parcourrons une ville banale dont les infrastructures hôtelières sont loin d’égaler celle de la ville israélienne, Eilat. L’exploitation touristique semble être quasi inexistante, et à plusieurs reprises on nous répètera qu’à partir de 17h, il n’y a plus que des hommes dans les rues.

Seul point remarquable, le drapeau jordanien qui flotte fièrement au sommet de la seconde hampe de drapeau du monde à une hauteur de 132 mètres.


Aqaba

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Pour rivaliser, avec un peu d’humour, avec cet exploit, les israéliens ont peint, juste en face, sur un mur le drapeau à l’étoile de David encore plus grand!

En route pour Petra après une visite express, mais il n’y avait guère à voir, Walid nous explique devant les maisons dont la plupart ne sont pas finies, que celles-ci ne sont jamais achevées afin de ne pas payer les impôts fonciers.

Pour avoir entendu de nombreuse fois ce commentaire pour les villages arabes d’Israël sans vraiment y croire et pensant que c’était une légende urbaine des israéliens, je suis confronté à cette triste vérité, ce moyen d’échapper aux impôts semble partagé de part et d’autre de la frontière. Reste à savoir si ce phénomène est typique de la région, ne serait-il alors qu’un vestige d’une organisation tribale qui a du mal avec la notion d’état?

La route enfin commencée, nous traversons un paysage désertique, avec de temps en temps des troupeaux de chameaux et moutons et des tentes de bédouins dont certaines sont aux sigles de l’ONU.

IMG_2668Une première halte banale, le bazar du bout du monde. Arrêt programmé, nous sommes encouragés à acheter tapis, keffieh, gramophone et vêtement de danse du ventre dans une véritable caverne d’Ali baba.

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Les guides touristiques de la région se bornent à un vague opuscule sur la Jordanie et un autre sur Petra, dans toutes les langues, y compris en Hébreu! Mais paradoxalement aucun livre en arabe n’est exposé. petrahebRien n’offre une originalité suffisante pour nous et nous repartons sans avoir rien acheté.

L’arrivée au site de Petra, dans le hameau de Wadi Moussa ( le Torrent de Moïse), se fait après quelques kilomètres d’un paysage montagneux impressionnant qui change à chaque détour de la route.

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Au loin, au sommet d’une des montagnes, un point blanc. Walid nous indique à ma demande qu’il s’agit la du mausolée d’Aaron, lieu présumé de son tombeau, sur lequel est construit une mosquée.

On s’arrête un peu avant Petra pour observer l’entrée du site d’une position plus élevée. Là, Walid, nous explique comment va se dérouler la visite. Il nous indique que si nous le souhaitons, moyennant supplément, nous pourrons changer le programme en allant plus avant sur le site grâce à une équipe de muletiers qui nous permettra de voir davantage de choses, le site actuel se déployant sur une très grande distance.

Quelques minutes plus tard, nous accédons à l’entrée du site par une arcade commerçante, autre bazar aux éternels keffiehs, portraits de la famille régnante et autres classiques.

Walid nous a prévenu, bien que nous soyons accompagné d’un guide, bien vite nous sommes entourés d’hommes nous proposant d’aller à cheval au lieu de faire la visite à pied. Très hâlés, ou naturellement très foncés, ils s’expriment dans un anglais limité, mais presque sans accent!

Après une mise en bouche de quelques centaines de mètres à ciel ouvert où les premières nécropoles sont visibles, nous pénétrons dans la faille qui nous mènera jusqu’au joyaux du site, la Khazneh.P8190121

Une marche d’environ 3/4 d’heure dans une gorge étroite ou le ciel se voit à peine, une marche à l’ombre, où nous ne serons jamais incommodé par la chaleur.

Le décor est grandiose, il fait penser immédiatement à Hollywood, aux westerns, à Indiana Jones et Lawrence d’Arabie.IMG_2710IMG_2711

Les couleurs et la beauté du site façonné autant par la nature que par les multiples habitants des lieux sont de véritable chocs esthétiques. failleLa promenade se déroule sans que nous éprouvions la moindre lassitude tant chaque détour de la gorge révèle de nouvelles surprises.

P8190149Des enfants vendeurs de cartes postales nous ramènent au moment présent, nous sommes vraiment dans le tiers monde. Impossible d’imaginer le moindre site touristique avec ces enfants de l’autre côté de la frontière, en Israël.P8190152

Nous arrivons enfin à l’esplanade de la Khazneh, récompense pour notre marche. Tout y est tel que nous pouvions l’imaginer. Grandiose, avec ses pierres tout en tons de rose et beige magnifiques.

De nombreux touristes sont pris d’assaut par les chameliers et les calèches pour le retour.

Walid nous a convaincu de continuer le périple à dos d’âne. anaC’est donc accompagnés de leurs maîtres que nous poursuivons la route, montés sur des ânes dociles qui de toute évidence connaissent chaque caillou du chemin.anes

La beauté du site et encore plus celle de son accès par cette incroyable gorge valent le déplacement, et même si nous ne sommes guère familiers avec les Nabatéens et leur histoire, cette ville troglodyte est absolument fascinante.

Mais en dehors du régal des yeux et de la plongée dans l’Histoire, cette visite nous révèle dans toute sa lumière une leçon concernant le monde arabo-musulman et son rapport à l’Histoire.

Pour avoir souvent fait des visites dans d’autres pays, il y a dans cette dernière un élément manquant qui nous met mal à l’aise, l’absence de liens culturels entre les occupants antiques des lieux et les habitants d’aujourd’hui.

Lorsque nous étions devant la Khazneh, Walid nous a demandé d’approcher de lui, puis, en regardant à droite et à gauche, il nous a parlé à voix basse:

 » Vous voyez les statues, elles n’ont plus de têtes. Ce sont les iconoclastes, au début de l’islam, ils brisaient les statues. »statues sans tete

Ainsi, c’est une constante du monde arabo-musulman, de briser les statues des peuples qui les ont précédés. Plus important, je me suis alors rendu compte que Walid n’avait exprimé aucune fierté devant les réalisations grandioses des Nabathéens. Et pour cause, il ne se sent aucune connexion avec eux. Et avec lui, les Jordaniens, peuple de bédouins arabisés et islamisées ne se revendiquent aucunement comme les descendants des Nabathéens. L’islam, partout où il s’est installé a détruit, phagocyté les civilisations précédentes. En terre d’islam, les fouilles archéologiques parlent de peuples que l’islam a voulu éliminer, absorber et rebaptiser « musulmans ». Ceci explique peut être pourquoi, malgré un potentiel touristiques colossal, un tel site est sous-exploité.

Nous finirons la visite par un lieu qui exprime bien cette reconstruction qui tient autant de la foi du charbonnier que de la manipulation délibérée: un petit bâtiment sur notre route enferme le « rocher de Moussa », le rocher que Moïse aurait frappé de son baton au lieu de lui parler (Nombres, XX, 9-12).rocher de moïse

rocher

 Pas la moindre mise en valeur du site ( même s’il est douteux) par des citations bibliques destinées aux visiteurs juifs et chrétiens. Ici seul le récit coranique semble être retenu. C’est avec un certain malaise que nous voyons ainsi des épisodes essentiels de la tradition juive relégués transformés en contes orientaux coupés de leurs origines. On se demande ce qu’aurait donné une Jérusalem aux mains d’un gouvernement arabe fondamentaliste.

Ainsi, sans être venue la chercher,  la grande leçon de cette visite, c’est la confirmation que le monde de l’Islam n’a que faire du passé qu’il reconstruit comme il l’entend.

Comme il a détruit des milliers d’artefacts lors des travaux illégaux sous le mont du Temple, l’Islam n’est pas intéressé par un passé qu’il ne maîtrise pas. Il préfère l’ignorer, le détruire ou le rebaptiser.

Ainsi, cela lui évite de se confronter à l’intolérable: quand on fouille la Terre d’Israël, ce qu’on trouve ce sont des synagogues, des Mikvaot, des pierres tombales en hébreu.

Cette attitude systématique à l’égard du passé qui ne lui convient pas est un obstacle de plus sur le chemin de la démocratie des sociétés arabes.

Dans les affrontements sanglants entre sunnites-chiites-coptes-kurdes et le conflit israélo-arabe, il n’est pas étonnant de voir que les monuments sont souvent des objectifs stratégiques. Effacer les traces de l’Histoire de l’ennemi est un but de Guerre.

Une visite plein d’enseignement, sur le passé, le présent et le futur.

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  1. #1 par eric le 26 août 2013 - 3 h 51 min

    Comme vous voyez beau ! leur avez-vous dit le mépris que ces Jordaniens vous inspiraient ? je veux dire ,en face , les yeux dans les yeux ? On se demande encore quelle idée a pu vous traversé l’esprit de vous rendre ainsi en Jordanie : vous n’avez le goût ni de l’altérité ni celui du partage.

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    • #2 par adamharishon le 26 août 2013 - 6 h 32 min

      1/ Je suis allé à Petra sans idées préconçues et avec un réel capital de sympathie pour la Jordanie et son roi, et leur courage de maintenir la paix avec l’ennemi juré du monde arabe. Même si je trouve que dans la réalité « visible » ce soit une paix du bout des lèvres ( il y a en coulisse une collaboration plus sérieuse).
      2/ Je m’attendais à trouver à Akaba le même potentiel touristique ( quelque peu mégalomaniaque) qu’à Eilat, je n’y ai trouvé qu’une ville endormie.
      3/ Il est impossible de ne pas penser à chaque instant aux différences entre les 2 côtés de la frontière. La prise de conscience que finalement, les seuls qui souffrent de l’absence de paix dans la région ce sont les peuples arabes, s’impose.
      4/ Je croyais que le site de Petra avait été mis en valeur, je l’ai trouvé magnifique, au delà de mon imagination, mais totalement inexploité.
      5/ Je n’avais pas imaginé les révélations et la façon de les faire de notre guide sur la destruction d’une partie du site.
      6/ Je n’avais pas fait le rapprochement entre cette région et la fin du Deutéronome. Elle saute aux yeux quand on est sur place et qu’on regarde la carte et les paysages. Cette proximité pourrait être une source privilégiée de commentaires de la part des guides à destination des touristes israéliens ( taxés davantage que les touristes arabes) mais elle est quasi totalement occultée.

      Constater que ce que nous avons vu sont des aspects d’une société tribale, attachée, apparemment, à la famille régnante, mais vivant encore comme un pays du tiers-monde n’est pas du mépris.
      Constater les différences des 2 côtés de la frontière, n’est pas du mépris.

      Les faire remarquer à notre guide aurait été de la grossièreté. Les gens que nous avons rencontré étaient chaleureux, souriants nous n’avions aucune raison de leur dire notre étonnement.

      Des milliers de questions brûlaient nos lèvres. Mais compte tenu des événements d’Egypte et du sort des chrétiens, nous avons préféré ne pas mettre dans l’embarras Walid, et nous avons évité tout sujet dangereux.

      Quand aux mots que vous employez: altérité et partage…comme ils sont drôles à propos du monde arabe…qui ne connait de partage qu’avec ceux de sa tribu ( sinon, il aurait partagé la Palestine depuis longtemps!) quant à l’altérité, c’est un mot qui n’existe pas dans la psychée de l’islam qui aurait eu besoin d’un Levinas.

      L’abaya et son masque sont la négation d’une reconnaissance du visage de l’autre…l’autre comme son prochain.

      Analyser n’est pas mépriser.

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  2. #3 par ralph le 26 août 2013 - 11 h 29 min

    Rien à ajouter.Bravo et merci. Nous ne haïssons pas les Arabes sauf à de rares exceptions près.

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  3. #4 par Adnen le 4 septembre 2013 - 9 h 50 min

    Bonjour
    merci pr cette promenade qui m’a permis de voir que partout chez les arabes c’est les mêmes maux .l’slam en est la cause et ce ne sera pas demain que cela va changer….je ne hais pas les juifs non plus sauf qqs exceptions lol!!!!

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  4. #5 par adamharishon le 4 septembre 2013 - 11 h 10 min

    Mon cher Adnen,

    Je vous attends toujours en Israël.
    La mer y est chaude jusqu’en novembre! 😉

    Les juifs et les arabes ont beaucoup en commun même si un conflit familial commencé il y a 4 000 ans perdure! 😉
    Il n’y a aucune raison de se haïr, bien au contraire, seuls quelques fous de part et d’autre méritent notre mépris.
    L’islam est une autre paire de manche.
    Il a façonné des générations avec une vision de « l’autre », le roumis, le non musulman comme un sous-homme, un Dhimmi.
    Le problème du Dhimmi, c’est que comme le syndrome de Stockholm, il fini par aimer son persécuteur. Ainsi les chrétiens d’Orient, massacrés en Egypte, en Syrie, et partout dans l’univers de l’Islam, continuent à adorer le monde arabe et restent animés d’un antisémitisme profond.

    Les juifs ont aussi aimé cette relative tranquillité du Dhimmi, moins pesante que l’antisémitisme d’Europe. Mais aujourd’hui ils sont affranchis de ce statut, et à y bien regarder, ce sont les seuls au monde à lutter contre l’Islam radical qui les entoure, et à résister.

    Je vous souhaite une année douce et espère pour vous et votre famille que vous arriverez bientôt à vivre dans une Tunisie apaisée et Libre.

    Il nous reste toujours à discuter du livre de Amin Maalouf, « les identités meurtrières » que j’ai dévoré et sur lequel j’ai beaucoup à dire!

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  5. #6 par Aschkel Lévy le 7 octobre 2013 - 3 h 24 min

    Bravo Adam pour ce magnifique reportage et merci – mon passeport israélien ne me permet pas d’aller en Jordanie – trop grosse tracasseries – dommage que les bédouins pourtant intelligents n’exploitent pas plus ce site – mais tant mieux tout de même qu’il n’ai pas été islamiquement rasé

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    • #7 par adamharishon le 7 octobre 2013 - 7 h 53 min

      Le passage en Jordanie s’effectue en moins d’1 quart d’heure et ne pose aucun problème aux passeports israéliens.
      Le site vaut le voyage, c’est comme si toute la Torah de Devarim nous défilait sous les yeux. C’en est tellement impressionnant qu’on se prend à se demander qu’elle dose d’obscurantisme et de rejet de l’autre l’Islam véhicule pour ne pas être capable d’organiser une véritable visite à contenu Biblique en ces lieux.
      Il y a dans ce refus culturel et religieux une des sources essentielles de ce conflit qui ne pourra se terminer que lorsque l’islam aura su dépasser le cap d’une religion immature qui ne peut affronter l’altérité.

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