Une faute qui aurait pu être un argument décisif

Le discours de Netanyahu au 37 ème Congres sioniste Mondial est plus qu’une maladresse, c’est une faute, grave et indélébile, pire une accumulation d’approximations et rapprochements hasardeux qui ont bien plus nuit au propos, sur le fond parfaitement légitime, que servi la cause qu’ils voulaient défendre.neta

Alors qu’il avait en main toutes les cartes pour donner le coup d’estoc à la propagande palestinienne et arabe en général Netanyahu a ajouté quelques mots de trop dans son propos qui lui est finalement retombé sur la tête et a réduit à néant son argumentaire.

Il faudra que d’une façon ou d’une autre il en paye le prix, les mois à venir nous diront comment.

Alors qu’il a, fort à propos, fait un rapprochement entre la vague de violence actuelle qui utilise l’exacerbation de sentiments religieux intolérants et xénophobes sous des prétextes fabriqués et basés sur une Histoire révisée et négationniste, il s’est pris les pieds dans le tapis en tombant, bêtement, dans le même piège, celui d’une interprétation de l’Histoire totalement abusive et dénuée de sources sérieuses.

Et cela est impardonnable à plus d’un titre.

1/ Le rappel de la fascination du Mufti de Jérusalem pour Hitler et l’idéologie nazie, la constitution d’une division arabe nazie, son rôle dans les incitations aux pogromes durant la période du mandat d’avant guerre, suffisaient pour justifier le rappel de ce triste précurseur de la cause arabo-palestinienne. Et il était effectivement pertinent de dire que la vague de violence actuelle était bien la fille légitime des massacres perpétrés avant guerre à l’instigation de ce triste sire, pour qui le prétexte des « constructions » n’existait pas.

hitler-and-grand-mufti

La démonstration haine d’avant guerre = haine d’aujourd’hui se suffisait de ces rappels, point n’était nécessaire de rajouter une conversation douteuse avec le Führer, et encore moins présenter comme fait historique l’inspiration des fours crématoires.

2/ Il était inutile de débarrasser Hitler de sa paternité envers la Solution Finale pour faire porter le chapeau à un sinistre personnage dont les actes réels et sa haine des juifs étaient suffisants pour le condamner aux yeux de l’Histoire. D’autant plus que si la Solution Finale n’est absolument pas d’inspiration musulmane ou arabe, en revanche, il est important de rappeler que les arabes ne sont pas totalement innocent de ce pêché. En particulier, face à un président de l’autorité Palestinienne notoirement négationniste, rappeler que la publication du Livre Blanc* par les Britanniques à la veille de la guerre a été la condamnation à mort de centaines de milliers, peut être millions, de Juifs qui n’ont pu aller en Terre Sainte à ce moment là. livre blancOr ce Livre Blanc n’a vu le jour que sous la pression des mouvements arabes. A ce titre, l’argument arabe disant qu’ils n’ont pas à supporter la culpabilité de l’Europe dans la Shoah, ne tient pas. Le monde arabe du Moyen Orient partage la responsabilité collective de l’Occident, il n’a pas livré ses Juifs tout simplement parce qu’ il leur a fermé la porte!

A l’Europe qui essaye de se déculpabiliser d’avoir laisser massacrés ses Juifs en ouvrant aujourd’hui ses portes aux arabes qui fuient leurs pays où ils sont massacrés par leurs frères, il aurait été bon de rappeler que ces mêmes arabes qui sont bien contents de trouver un refuge aujourd’hui ont fermés leurs portes aux juifs qu’on allait exterminer!

Déshabiller Hitler pour habiller le Mufti était inutile, l’habit du Mufti était déjà bien assez grand!

3/ Alors que la propagande arabe ne repose que sur des mensonges historiques, approximations, inversions, il ne pouvait y avoir plus grande maladresse que d’utiliser à notre tour une telle rhétorique que nous essayons de dénoncer en permanence. Si Netanyahu avait envie de saboter les quelques arguments à la disposition de la Hasbara, déjà bien médiocre, il n’aurait pas pu mieux faire.

Faute tactique, intellectuelle, politique, Netanyahu n’en a loupé aucune. Alors qu’il avait toutes les cartes en mains pour dénoncer preuves à l’appui le négationnisme arabe et la légitimité des revendications historiques du peuple juif sur l’ensemble de la Terre Sainte, et particulièrement de Jérusalem, il a donné lui même des verges à nos ennemis pour nous frapper. La réponse en forme de motion de l’Unesco et l’infamie des pays qui se sont abstenus n’a pas tardé.

Cependant ce que je retiens de bien plus condamnable et à mes yeux et de totalement irréparable pour l’homme politique, c’est d’avoir enfreint un principe incontournable:

celui de se mettre au niveau de nos ennemis.

Il y a dans la guerre qui nous oppose à nos ennemis un contenu moral qu’on ne peut oublier. Ce contenu moral est l’essence de notre droit sur cette Terre. Cette Terre ne peut être notre que si nous ne nous comportons pas comme nos ennemis.

  • Là où ils mentent, nous devons être inflexibles sur la vérité,
  • là où ils vénèrent la mort nous devons être intransigeants sur le respect de la vie,
  • là où ils détruisent, nous devons nous acharner à construire,
  • là où ils enseignent la haine d’autrui nous devons nous efforcer d’enseigner le respect de l’autre,
  • là où ils nous donnent chaque jour l’envie de désespérer, nous devons opposer l’espérance,
  • là où ils veulent nous entraîner à être aussi barbares qu’eux, nous devons rester intègres.

La guerre qu’ils nous mènent n’est pas seulement d’ordre matérielle, elle est aussi spirituelle. Bien plus que de faire face aux destructions, aux morts qu’ils nous infligent, nous devons faire face à la perte de notre identité, de ce qui fait de nous un Peuple à part, un Peuple dont le comportement n’est pas dicté par celui des autres Peuples, mais au contraire, qui ne répond qu’à notre Tradition, celle des Prophètes, celle du Sinaï, celle d’Abraham.

Nous pouvons gagner sur le terrain, mais si cela devait être au prix de notre identité, ce serait une défaite terrible.

Cette semaine, la Paracha est Lekh Lekha, elle relate l’Histoire d’Abram qui devient Abraham ha Ivri, l’Hébreu.

Parmi les commentaires sur ce qualificatif de Ha Ivri et sa signification, le plus répandu est qu’Abraham se tient d’un côté du fleuve, et le reste de l’Humanité de l’autre côté…Abraham du côté de la morale du respect de l’autre, sur l’autre rive, une Humanité soumise à la loi de la jungle.

Nous ne sommes des Hébreux que parce que nous sommes de l’autre côté du Fleuve.

Le discours de Netanyahu est comme une tentative maladroite de regagner la rive du fleuve ou se trouve la falsification de l’Histoire…au risque de se noyer en traversant!

Il reste un aspect positif à la bourde de Netanyahu, c’est que bien que les médias se soient concentrés sur les assertions erronées de son discours, ils ont été obligés d’accorder de la publicité au lien organique impossible à éviter entre le mufti nazi et les revendications palestiniennes actuelles.

Il reste aux politiques israéliens et au Premier Ministre en particulier à savoir enfoncer le bouchon en étant plus prudent à l’avenir et s’abstenir de déclarations non vérifiées et abusives.

©adamharishon@outlook.com

* https://en.wikipedia.org/wiki/White_Paper_of_1939

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  1. #1 par contrecourant1 le 25 octobre 2015 - 9 h 43 min

    Article très pertinent qui insiste sur un aspect que je n’ai pas évoqué, peut-être en donnant l’impression de « justifier » Netanyahu, dont vous avez tout à fait raison de souligner qu’il a permis à la machine de guerre médiatique judéophobe de se parer de la vertu pour masquer tous ses vices.

    C’est d’autant plus regrettable que Netanyahu est sans doute le premier ministre qui est le plus sioniste (il suffit de voir les vidéos de sa jeunesse) des dernières années, celui qui ne se fait aucune illusion sur le marchandage européen autour de « la solution à deux Etats », celui qui ne s’achète pas comme Olmert, et celui qui jusqu’à présent, résiste aux pressions occidentales parce qu’il a pleinement conscience qu’un « apaisement » par concessions conduit à un embrasement d’autant plus violent que le juif serait désormais perçu comme abandonné par l’occident et affaibli..

    Qu’il se lance dans la hasbara lui-même, mais il est ahurissant qu’il ne soit pas entouré de conseillers en com’, ou que sa connaissance du monde américain ne l’encourage pas à plus de manoeuvres et de prudence dans sa formulation.

    Au fond, il a bien permis à ses détracteurs de l’accuser de ce que font les palestiniens à longueur de temps ! Quelle triste réalité!

    Oui, Hitler était un temps donné pour l’option « déportation », mais toujours avec l’idée d’être l’agent de l’Histoire, de la sélection raciale qui à terme mettrait fin à la race juive. Donc le génocide, si l’on peut dire, n’était qu’une question de délai et d’opportunité. Faire du mufti sans qu’on puisse disposer d’un document irréfutable, le décideur d’Auschwitz tient alors d’extrapolation.

    Et au final, les « palestiniens » redeviennent les « victimes » d’un révisionnisme juif.

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